Quand on est étudiant, on se fait une idée plus ou moins précise du métier de traducteur indépendant. Ces impressions, positives ou négatives, sont parfois bien loin de la réalité. Décodons ici cinq idées reçues liées à notre belle profession.

Idée reçue :  je pourrai prendre congé quand je veux, travailler d’où je veux.

Réalité : c’est assez vrai. Vous pourrez partir en vacances en période creuse, faire vos courses quand les magasins sont vides, aller à la commune pendant les heures d’ouverture… Vous pourrez travailler de chez vous en pyjama, de la terrasse d’un café (habillez-vous, dans ce cas)… Mais n’oubliez pas que ça veut aussi dire que parfois, vous devrez travailler le soir, les week-ends, en vacances, et ce sans être payé plus (non, les heures supplémentaires n’existent pas pour les indépendants). Enfin, sincèrement, le côté positif l’emporte de loin sur le côté négatif, selon moi. Tout dépend du type d’indépendant que vous êtes.

Idée reçue : je ne m’en sortirai jamais avec toutes les démarches administratives, je n’y connais/comprends rien

Réalité : c’est vrai. C’est mille fois vrai. Enfin, au début, encore une fois. Après, ça devient plus ou moins clair. On finit par s’y retrouver entre la TVA, les cotisations sociales, les versements anticipés… Bon, j’avoue, je mens un peu : j’ai eu un comptable au début et depuis j’utilise LSP et Accountable et ça m’aide beaucoup. Mais j’ai quand même appris l’essentiel, et avec le temps on se rend compte que ce n’est pas si terrible que ça – en termes de difficulté en tout cas, parce qu’en termes d’ennui, c’est clairement mortel.

Idée reçue : je ne trouverai jamais assez de clients tout seul

Réalité : mais si, vous en trouverez ! Il ne faut pas trop s’inquiéter, il y a quand même énormément d’offres, et ça va beaucoup plus vite qu’on le pense. Les quelques premiers mois seront peut-être un peu vides, mais rien ne se fait en un jour, il faut se montrer patient. Il arrive aussi régulièrement de recevoir de gros projets qui vous occupent pendant plusieurs semaines, qu’un seul client vous envoie assez de travail pour vous permettre de rester actif longtemps, il ne faut pas obligatoirement avoir 100 clients pour bien gagner sa vie (même si ça aide).

Idée reçue : je gagnerai plus en étant indépendant, puisque je n’aurai pas un patron qui prend une commission

Réalité : oui et non. Effectivement, quand vous aurez beaucoup de clients, vous pourrez gagner plus qu’en étant employé. D’un autre côté, en travaillant en agence, vous avez la certitude d’un salaire fixe en fin de mois (1500 tiens valent peut-être mieux que 2500 tu l’auras ?) N’oubliez pas non plus que vous devez mettre de côté de quoi payer vos cotisations et vos impôts (tout comme un salarié, à part que chez lui, c’est prélevé directement sur son salaire, aussi se rend-il moins compte de la différence) ; ne vous laissez pas emporter par les sommes en apparence astronomiques que vous toucherez – une grande partie ne restera pas longtemps dans vos poches. Ensuite, vous pouvez très bien gagner 4000 € en janvier et 150 € en février ; il faut donc encore une fois savoir gérer. Mais sinon, c’est vrai qu’un traducteur indépendant qui mène bien sa barque peut à terme gagner plus qu’un salarié.

Idée reçue : je pourrai choisir les textes que je veux traduire, je ne serai pas obligé d’accepter ce que mon patron me donne.

Réalité : oui, sauf qu’en fait, votre client est un peu votre patron. Après quelques mois/années, vous pourrez vous permettre de refuser les modes d’emploi pour vous concentrer sur ce projet trop méga-génial qui vous captive. Au début, vous serez plus ou moins forcé de traduire ce que votre client vous proposera, ou de manger des pâtes pendant 2 mois. Mais ne vous inquiétez pas trop, vous pouvez aussi avoir de la chance et trouver de chouettes projets dès le début ! Et puis, c’est vrai que vous pourrez tout de même refuser des projets parfois s’ils ne vous plaisent pas – en disant que vous êtes occupé sur autre chose par exemple, ce que vous auriez plus de mal à faire croire à votre véritable patron…

Conclusion :

Le traducteur indépendant est plus libre qu’un salarié, c’est vrai. Mais il ne faut pas croire qu’il jouit d’une liberté totale, qu’il peut faire ce qu’il veut, quand il veut. Il a aussi des devoirs, des deadlines à respecter. Il peut plus facilement dire non à son patron qu’un salarié, mais il ne peut pas se permettre de tout refuser non plus. Il peut travailler de chez lui, mais ça ne veut pas dire qu’il est en congé (et ça, c’est quelque chose que vous devrez souvent expliquer, si vous vivez avec des gens : Oui, vous êtes en pyjama dans votre lit. Non, vous ne glandez pas, vous êtes sur votre portable en train de travailler confortablement, c’est tout. Oui, vous pouvez vous permettre de faire des courses en pleine journée. Non, ça ne veut pas dire que vous devez vous occuper de toutes les tâches ménagères sous prétexte que « vous avez plus de temps libre ». Etc.)

Enfin, c’est vrai que le traducteur indépendant peut espérer gagner plus et avoir plus de choix, mais il faudra pour cela attendre un petit peu – au début, vous pourrez même gagner moins qu’un salarié. N’oubliez pas aussi que vous devrez parfois vous occuper de tâches qui ne rapportent rien (postuler, faire votre compta) mais qui vous prennent quand même du temps. Vous devrez peut-être aussi payer un comptable, frais qu’un salarié n’a en général pas. Bref, rien n’est tout blanc ou tout noir.


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