​Une question qu’on me pose souvent, et à laquelle il est à peu près impossible de répondre, c’est : « Être indépendant, c’est chouette ? » Oui, c’est chouette : on choisit ses horaires, on est son propre patron, on décide des textes qu’on veut traduire… Enfin, dans le meilleur des mondes – ou après plusieurs années de métier. Non, ce n’est pas chouette : on passe parfois des jours voire des semaines à ne rien faire ou presque, à regarder son ordinateur, l’œil vitreux, dans l’espoir de recevoir un mail d’un client… (Bon, je caricature, bien sûr. Vous aurez presque toujours de quoi vous occuper, et si vous vous contentez d’attendre qu’un client vous contacte, vous ne risquez pas d’avoir beaucoup de boulot, mais ça, on en reparlera.)

Bref, il y a de bons et de mauvais côtés, comme toujours. Certaines personnes adorent (c’est mon cas), d’autres aiment moins.

Alors, comment savoir si le statut d’indépendant est fait pour vous ?

Premièrement, il faut être prêt à accepter la solitude – à moins de travailler dans un environnement de coworking. Si vous travaillez de chez vous, vous risquez de passer beaucoup de temps – voire tout votre temps – seul devant votre ordinateur, et ce n’est pas toujours génial (vous vous en rendrez compte quand vous serez heureux d’aller chercher à manger, juste pour avoir l’occasion d’entendre un peu le son de votre voix…)

Ensuite, il faut savoir se gérer. Ne pas penser « être indépendant, c’est génial, on peut prendre congé quand on veut,… » Oui, vous pouvez gérer vos horaires. Vous pouvez prendre congé le lundi matin pour faire vos lessives quand le lavoir est vide, ou pour aller chez le médecin, ou pour faire vos courses… Mais à côté de ça, vous devrez parfois travailler le dimanche, parce que vous aurez accepté un projet hyper urgent. Comme je l’ai dit, vous aurez parfois des temps morts pendant lesquels vous attendrez patiemment – ou non – de recevoir enfin un petit projet pour occuper votre journée, surtout au début, le temps de vous construire une liste de clients réguliers. Encore une fois, il faut savoir gérer : si vous passez votre temps à jouer à Candy Crush en consultant votre boîte mail de temps à autres, vous risquez d’attendre longtemps.

Il faut comprendre qu’être indépendant revient à être chercheur d’emploi à temps plein, ou presque : il faut démarcher des clients encore et encore. Il faut être à la fois patient et proactif, ne pas attendre qu’un petit génie vienne vous dire ce que vous devez faire et où chercher. Il faut aussi savoir se concentrer, surtout si vous travaillez de chez vous. Bref, c’est chouette de ne pas avoir de patron, de pouvoir aller sur Facebook quand on veut, de regarder notre série à 14 heures si on en a envie… Mais à un moment, il faut aussi être capable de se mettre au travail sérieusement, même si personne ne nous surveille.

Enfin, un autre élément essentiel selon moi est la confiance en soi. Être son propre patron, ça signifie que vous n’avez personne au-dessus de vous pour corriger vos erreurs ou pour vous féliciter. Vous ne pouvez pas vous permettre de douter, de vous poser 10 000 questions à chaque phrase que vous traduisez, d’attendre que quelqu’un vous dise si vous devez choisir tel ou tel terme selon le contexte. Vous devez oser, vous affirmer, avoir confiance en votre jugement. En tant qu’employé, si vous faites une erreur, votre patron vous la signalera et vous passera un petit savon. En tant qu’indépendant, si vous faites une erreur, votre client vous la signalera et ne vous enverra plus de projets. 

Un dernier point que j’aimerais aborder, c’est la détermination. Les débuts sont difficiles, comme pour tout nouveau métier. Il faut garder l’esprit positif et ne pas baisser les bras ; peut-être que les premiers mois seront très vides, que vous n’aurez pas beaucoup de clients, que vous ferez des erreurs… C’est normal. Au début, il y a beaucoup à apprendre – au niveau de la compta, de l’administratif, toutes ces choses qu’on n’apprend en général malheureusement pas pendant nos études. La TVA, les cotisations sociales, ça peut sembler vraiment tordu les premiers temps – surtout que, par pur sadisme, l’État s’amuse à tout étaler : vous payez vos cotisations sociales et votre TVA par trimestre (mais pas au même moment, ce serait trop facile), vos impôts à la fin de l’année… Bref, vous aurez envie de vous arracher les cheveux par moment, mais il faut tenir bon.

Petit à petit, tout devient plus facile, vous avez de plus en plus de clients, vous savez vous organiser, il faut juste laisser le temps faire son œuvre. Personnellement, même après un an, il m’arrive encore de passer des semaines presque sans travail, mais encore une fois, il ne faut pas désespérer : il faut comprendre que cette semaine de vide sera très certainement compensée par une semaine de rush, profiter du répit (pour faire sa compta par exemple) et attendre des jours meilleurs !

Pour terminer, j’aimerais donner quelques petits conseils aux futurs indépendants :

1) Ne vous lancez pas comme indépendant sans avoir des fonds de réserve :

Il faut savoir que les débuts sont difficiles, vous ne gagnerez peut-être pas beaucoup les premiers mois, sans compter que beaucoup de clients paient 30, 60 ou 90 jours après réception de votre traduction. Mais même si vous ne touchez rien les premiers mois, vous devrez payer vos cotisations sociales (minimum 680 €/trimestre), donc je vous conseille vivement d’avoir des réserves pour payer vos charges, votre loyer, vous nourrir… Bref, pour vivre.

2) Prenez un petit travail à côté, au moins au début :

Donnez des cours, faites du babysitting, gardez des animaux, tout ce que vous voulez. Pourquoi ? Pour trois raisons : premièrement, ça vous occupera les premiers mois, quand vous aurez moins de clients et que vous vous ennuierez un peu devant votre ordinateur. Deuxièmement, ça vous permettra de parler et de vous habituer petit à petit à votre nouvelle vie, pour ne pas passer d’un coup de l’étudiant-qui-parle-tout-le-temps au traducteur-ermite. Enfin, ça vous fera un peu d’argent de poche en attendant de toucher vos premiers salaires (voir point 1).

3) Demandez-vous si vous êtes vraiment prêt :

Si vous n’avez pas confiance en vos talents de traducteur, si vous avez besoin de reconnaissance, si vous avez besoin qu’on vous dise exactement quoi faire, si vous êtes impatient… le statut d’indépendant n’est peut-être pas fait pour vous. Ça ne remet nullement en question vos compétences, simplement les statuts de salarié et d’indépendant sont différents et s’adressent à des personnes différentes.


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