Ceux qui me suivent depuis longtemps (et qui ne sont pas atteints comme moi du syndrome du poisson rouge) se souviendront peut-être que j’avais déjà écrit un article du même titre.

Deux ans plus tard, nouveau témoignage pour rappeler que non, le traducteur n’est pas condamné à se faire marcher dessus et que oui, certains clients sont disposés à accepter des arrangements quand on le leur demande gentiment.

Mise en contexte : une agence me demande de traduire un mode d’emploi pour un logiciel. Je jette un œil au projet, j’accepte et je commence. Le PM me dit alors que je dois travailler en parallèle dans le logiciel en suivant le mode d’emploi pour que ma traduction soit cohérente. Résultat: le temps de travail augmente substantiellement, sans compter que certaines étapes ne fonctionnent pas et que le client me demande dans ce cas de consigner les erreurs – après tout, tant que j’y suis, hein. (Imaginez qu’on vous demande de traduire un mode d’emploi pour un meuble, puis d’aller l’acheter, de le monter et de signaler les erreurs, le tout au même tarif. Voilà, voilà.)

Après une petite réflexion, je décide d’expliquer au client qu’on dépasse le cadre d’une simple traduction et que le temps nécessaire n’est plus le même que quand j’avais accepté le projet. Je lui propose trois solutions: soit je traduis simplement sans suivre les étapes dans le logiciel, auquel cas il faudra que quelqu’un corrige les différences avec le programme ; soit j’abandonne le projet ; soit on révise le tarif.

Et là, surprise : le client me dit qu’il comprend et accepte de m’augmenter pour que je rentre dans mes frais.

Quelques jours plus tard, la même agence me demande de traduire un autre document. Je vois qu’il s’agit d’une post-édition, je rappelle au PM que je ne propose pas ce service et il accepte de payer le projet comme une traduction. Puis finalement il revient vers moi pour voir si je n’accepterais pas de le traiter quand même en post-édition, parce que la traduction automatique lui semble bonne. Je lui réponds que le résultat est acceptable pour certaines phrases courtes et simples, mais que pour toutes les autres, ça ne veut rien dire, et je lui envoie plusieurs exemples à l’appui.

Et de nouveau, surprise: il me remercie de lui avoir fourni ces exemples, il admet qu’il faudrait tout retraduire, qu’un tarif de post-édition ne serait pas adapté ici, et il accepte donc (à nouveau) de traiter le projet comme une traduction.

Vous allez peut-être me dire qu’il est injuste qu’on doive à chaque fois se justifier pour avoir des conditions de travail normales. Certes. Mais n’oublions pas que les PM gèrent plusieurs projets à la fois et qu’ils ne connaissent pas forcément les spécificités de chacun. Si un projet est différent de ceux qu’ils vous envoient d’habitude et que le tarif ou le délai doit être adapté, à vous de le leur expliquer. Cela leur permettra aussi, de leur côté, de contacter le client d’origine en ayant des arguments pour demander de changer le délai ou le tarif. Pareil pour un client direct: n’étant pas traducteur, il ne réalise pas forcément ce qu’un simple changement de format peut impliquer sur votre temps de travail, par exemple. Arrêtons de penser que les clients veulent à tout prix nous exploiter et réalisons qu’ils sont humains et qu’une simple clarification peut parfois faire des miracles.


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