​La traduction étant un métier méconnu, on entend souvent certaines absurdités à son sujet. Et ce, tant du côté des novices (entendez par là les personnes qui ne différencient pas traduction et interprétariat, et qui n’ont qu’une vague idée des véritables aspects de la profession) que des professionnels chevronnés (soit ceux qui, lassés d’entendre sans arrêt rabaisser notre beau métier, réagissent en exagérant dans l’autre sens).

A) L’expertise/les prix

Le novice dit : toute personne ayant une vague connaissance d’une langue étrangère peut traduire. Je vais donc donner cette traduction à mon petit cousin, il est parti 6 mois en Angleterre, il pourra la faire gratuitement.

L’expert dit : honte sur vous, malheureux ! Il faut des années d’étude, un diplôme, et il est indispensable de se former au quotidien. Donnez cette traduction à un expert ayant au moins 10 ans d’expérience. Bon, ça vous coûtera 150 €/heure, mais ça en vaut la peine.

Je dis : la traduction est un métier comme un autre. Si vous voulez inviter des amis à manger, vous demanderez peut-être à une copine qui cuisine de temps en temps de vous concocter un bon gâteau. En revanche, pour la pièce montée de votre mariage, vous préférerez engager un pro. Si vous souhaitez faire relire votre bail avant de vous engager pour un appart, vous demanderez peut-être à votre petite sœur qui a fait 2 ans de droit d’y jeter un œil ; si vous êtes condamné pour meurtre, vous préférerez sûrement un expert. Eh bien, c’est pareil pour la traduction : si vous voulez faire traduire un mail pour en comprendre le sens, rien ne vous empêche de le demander à votre petit cousin qui « est doué en langues » sans dépenser un penny ; si vous voulez faire traduire un document important, mieux vaut avoir recours à un professionnel, quitte à y mettre le prix. Cela dit, si l’on donne un contrat en anglais à un avocat francophone et qu’on lui dit « traduis », son travail sera probablement aussi bon (voire meilleur) que celui de 80 % des traducteurs diplômés. Le diplôme ne fait pas tout, loin de là, comme dans toute profession. Ce qui importe, c’est avant tout une maîtrise de la langue cible ainsi qu’une maîtrise du sujet.

B) Les délais

Le novice dit : j’ai 15 pages à faire traduire, tu peux le faire pour cet après-midi, hein ?

L’expert dit : non mais ho, une traduction demande des recherches, il faut comprendre le sens, analyser le registre, respecter le style de l’auteur, tout ça prend du temps…

Je dis : encore une fois, tout dépend. Clairement, certaines traductions nécessitent des recherches, et il arrive qu’on passe 20 minutes sur une seule phrase (« de m*rde, nondudju qui m’a pondu cette c*nnerie de structure de … »). Cela dit, certains textes se traduisent également très rapidement – pour reprendre l’exemple du mail à traduire uniquement pour en comprendre le sens, pas besoin de respecter le « style de l’auteur ». Bon, après, en imaginant qu’une secrétaire tape 20 pages par jour (j’invente, je n’ai pas fait de recherches sur le sujet), il ne faut pas s’attendre à ce que le traducteur en traduise autant… On doit non seulement taper le texte mais y réfléchir, donc forcément ça prend dans tous les cas un minimum de temps, on n’est pas des magiciens.

C) Les outils

Le novice dit : dans quelques années, Google Translate remplacera le traducteur. (Voire, pour les plus… disons novices : « Google Translate EST le traducteur »)

L’expert dit : n’importe quoi, aucun logiciel ne comprendra jamais toutes les nuances d’une langue.

Je dis :… Bon là, franchement, je suis 99 % d’accord avec l’expert. Bien sûr, une surprise est toujours possible, PEUT-ÊTRE que dans des années quelqu’un trouvera le moyen de créer un logiciel assez intelligent pour capter toutes les nuances, les registres, le tout en analysant le contexte, etc., au point de faire une bonne traduction. Mais pour l’instant, j’en doute beaucoup.

Conclusion :

Bien sûr, comme toujours, je caricature pour aller droit au but, ce n’est pas à prendre au 1er degré (d’ailleurs, un conseil, ne me prenez jamais au 1er degré). L’idée est simplement d’insister sur le fait que, comme dans toute profession, chaque cas est différent et demande un niveau d’expertise (et donc un tarif et un délai) différent.


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