Je travaille depuis 2013, j’ai un master en traduction littéraire et je n’ai pour l’instant jamais perdu de clients sans l’avoir voulu… And yet, encore aujourd’hui, je continue de souffrir de ce trouble assez répandu autour de moi, sans que je sache si c’est typique de ma génération, des indépendants ou des traducteurs… Toujours est-il qu’en tant que traductrice indépendante de ma génération – obviously – je cumule.

Hier encore (j’avais 20 ans*), j’ai reçu un mail. Le titre : mon dernier article. Le début du message visible en aperçu : « Chère collègue, je suis tombée par hasard sur votre article, j’ai hésité… »

Et là, c’est le drame

Suspense. Stress. C’est une collègue. Elle a lu mon article. Elle a hésité à m’écrire. Première pensée : pourquoi a-t-elle hésité ? Sûrement parce que ce qui suit est dur à dire, sinon pourquoi aurait-elle hésité ? Oh mon dieu, ça y est, elle va me dire mes quatre vérités. J’ouvre le mail ? Je ne l’ouvre pas ? Au moins elle m’a envoyé un message privé, c’est sympa, elle aurait pu me lyncher en public.

Pour la petite histoire, en ce qui concerne l’article en question, j’avais envie de l’écrire depuis des mois. Quand j’ai enfin sauté le pas, il me restait encore à le publier… Là encore, grosse incertitude. Écrire des statuts sur mes (més)aventures avec mes clients ou des articles sur mon « vécu » de traductrice indépendante, c’est une chose. Mais écrire un article pour donner un mini-tiny cours de traduction ? Pour qui je me prends ?

Quand j’avais enfin fini par le publier, j’avais été me cacher sous la couette. Chaque fois que je voyais une notification, j’avais peur d’aller regarder. Mais finalement, les réactions ont été positives. Pareil pour ce mail qui m’angoissait tant : c’était une prof en traduction qui avait apprécié mon article et qui me remerciait simplement de l’avoir rédigé.

Tout ça pour ça ?

Si je vous raconte tout ça, ce n’est pas pour me vanter sous couvert d’une fausse modestie. C’est parce que je me dis que sûrement, parmi mes lecteurs, il y a d’autres traducteurs (ou pas), indépendants (ou pas), trentenaires (ou pas) qui craignent encore et toujours d’être démasqués, qui pensent ne pas avoir gagné le droit de dire ce qu’ils ont à dire, qui sont persuadés que leur avis ne mérite pas d’être partagé… Bref, qui n’osent tout simplement pas s’exprimer.

En fin de compte, j’ai beau donner l’impression d’avoir une grande gueule et d’être sûre de moi, je n’en reste pas moins paniquée à chaque fois que je clique sur « publier ».

Mais si tu es en train de lire cet article, c’est peut-être parce que le titre t’a parlé et que tu ressens ça aussi. Et si tu es tombé dessus, c’est peut-être même parce que tu suis ma page, parce que ce que j’ai à dire t’intéresse d’une manière ou d’une autre. Auquel cas, je suis d’autant plus contente d’oser surmonter mes craintes pour partager mon quotidien avec toi.

Alors, n’aie plus peur, jeune padawan : fais comme moi, dis ce que tu as à dire et va te cacher sous la couette.

* Cette blague absolument nulle ne sera pas comprise par mes plus jeunes lecteurs, quelle tristesse. Pour les autres, si vous avez la chanson en tête pendant toute la journée, ne me remerciez pas, c’est cadeau.


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