Qu’on se comprenne bien: c’est difficile d’être indépendant, surtout au début. Il faut se faire connaître, trouver des clients, et l’erreur n’est (presque) pas permise. On ne dépend que de soi-même. Mais dans l’ensemble, si on est bon dans ce qu’on fait, qu’on a quelques notions de marketing et éventuellement un peu de chance (même si je regarde de travers toute personne me disant, la bouche en cœur, « quelle chance, ton affaire marche bien », comme si une gentille fée s’était penchée sur mon berceau et que je n’avais en fin de compte rien fait pour mériter ma réussite), on s’en sort.

Je vois trop souvent des indépendants faire remarquer qu’ils travaillent 10 heures par jour, du lundi au dimanche, qu’ils doivent faire leur comptabilité, prospecter, etc. Des indépendants qui laissent entendre que leur vie est plus difficile que celle des salariés, qu’ils sont pressés comme des citrons, qu’ils ne gagnent que des clopinettes. Qui signalent qu’ils travaillent les jours fériés, qu’ils n’ont pas de congé maladie, pas de chèques repas.

Euh, attends, toi aussi tu dis ça tout le temps…

Je sais: moi aussi, je le dis. Moi aussi, j’ai écrit sur ce sujet. Tout simplement parce que… j’aime me plaindre. Mais j’essaye aussi de montrer les bons côtés du statut d’indépendant, car il y en a. J’ai travaillé hier, le jour de la Toussaint. Mais je pars à Paris le 28 et le 29, et je n’ai pas à demander la permission à mon patron ni à attendre de voir s’il accepte, en fonction des congés posés par mes collègues. Et je ne travaille certainement pas 10 heures par jour. Oui, l’État nous prend une grosse partie de ce qu’on gagne, et je m’en plains souvent – mais une fois qu’on le sait, il faut le prendre en compte et demander un tarif brut qui nous laisse suffisamment en net.

Je ne sais pas si ces indépendants qui se plaignent le font pour le plaisir de râler (auquel cas je ne peux que les rejoindre, vous savez à quel point j’ADORE râler), pour rabaisser le caquet de ceux qui leur font remarquer la « chance » qu’ils ont, ou simplement parce qu’ils ont vraiment du mal, qu’ils bossent vraiment 10 heures par jour pour ne rien gagner à la fin du mois. Si c’est la dernière option, c’est dommage, et il faudrait trouver des solutions. Par exemple, chercher des outils qui les aident ou des clients qui payent mieux – si c’est pour accepter un tarif moindre et se retrouver à bosser 10 heures pour compenser, autant prendre un peu plus de temps pour trouver de meilleurs clients.

Je sais que je n’ai pas d’enfants, que j’ai la « chance » de travailler vite et de gérer mon affaire tant bien que mal. Mon but n’est pas de pointer du doigt ceux qui ont du mal ou de prétendre être meilleure qu’eux. Je suis juste triste de voir le nombre de personnes qui se plaignent de notre situation, comme si c’était une malédiction. Comme si on n’avait pas le choix. Comme s’il fallait avertir les jeunes générations pour leur éviter de se retrouver coincés comme nous.

Mais au final, être freelance, ça reste un choix.

Alors, je le redis: c’est vrai, ce statut n’est pas fait pour tout le monde. Mais s’il vous attire et que vous voulez tenter l’aventure, n’ayez pas (trop) peur. Ce n’est pas évident, et tout le monde ne réussit pas. Mais certains salariés se font virer ou se retrouvent à faire des heures supplémentaires non payées de peur de perdre leur boulot s’ils refusent. Quel que soit votre statut, la vie professionnelle n’est pas un long fleuve tranquille, mais l’essentiel est de se lancer et surtout, surtout d’aimer ce qu’on fait, sans penser que l’herbe est forcément plus verte ailleurs.

​​(Pour info, j’ai failli écrire toute une métaphore en jouant sur l’idée de fleuve, de bateau et d’herbe, mais je vous ai épargnés.)


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