Je suis énervée [oh ben ça alors, c’est rare !] Je vous explique la situation :

J’ai postulé pour traduire un livre dont le sujet me plaisait énormément. Après quelques échanges de mails avec l’auteur, celui-ci me demande de faire un test de traduction d’une page, ce que j’accepte bien évidemment. L’extrait choisi n’est pas le début du livre mais un moment clé de l’histoire ; cela dit, certains éléments ne sont pas clairs. Je traduis un premier jet puis, avant d’envoyer ma version, je décide de poser quelques questions à l’auteur pour éviter de commettre des erreurs liées à ces imprécisions.

Réponse de l’auteur, certes courtoise mais à peine condescendante : « Traduire implique de prendre des décisions toujours destructrices quand on interprète une œuvre. [Merci, je connais mon métier, mais mes questions visaient justement à alléger au maximum ce côté “destructeur”.] Je ne vois pas d’inconvénient à une collaboration étroite, toutefois je crois que dans ce cas, j’ai besoin de quelqu’un qui a déjà été confronté à des défis. [Je traduis depuis trois ans, mais c’était le premier défi auquel je faisais face, je l’admets. Oui, je suis ironique.] »

Alors, je vais vous révéler le scoop le plus incroyable de l’histoire. Les traducteurs ne lisent pas dans les pensées. Les auteurs n’écrivent pas toujours des phrases parfaitement claires et dépourvues de toute ambigüité. Le traducteur ne sait pas toujours si cette ambigüité est voulue ou non, et s’il doit donc la reproduire ou s’il peut se permettre de clarifier la phrase. Bref, le traducteur qui demande des précisions n’est pas un idiot qui a besoin qu’on lui explique son métier. C’est simplement quelqu’un qui souhaite rendre le meilleur travail possible.

Je suis sincèrement déçue parce que ce livre me plaisait vraiment. J’aurais accepté de ne pas être choisie si mon test ne l’avait pas convaincu, mais là je ne me vois même plus lui envoyer mon travail. Il est parti du principe que je n’étais pas qualifiée parce que je posais des questions, alors que selon moi ça prouvait plutôt que je ne m’arrêtais pas aux mots choisis, mais que je voulais vraiment traduire son intention.

C’est peut-être pour ça que depuis, je ne pose (presque) plus de questions.

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